Il n’est désormais plus rare de voir l’avocat être interrompu pendant sa plaidoirie par le Président et même le Ministère public (je l'ai vécu personnellement). Hélas Mélénas pas plus d'égalité des armes en la matière que d'augmentation du budget de la Justice !
Si cette pratique vis à vis d'un magistrat est sanctionnée par le code de déontologie de la profession d’avocat, il n'existe à l'inverse aucune mesure pour le magistrat
outrecuidant bien au fait de son pouvoir régalien qui emporte l'impunité de l'outrage. (Il va sans dire que cela ne concerne qu’une minorité, certes embarrassante)
Cependant l'histoire nous enseigne que le pouvoir appartient à ceux qui ont le courage de le prendre, c'est ce que je pensais au sortir de la lecture du blog d’un confrère qui reprend un texte extrait de la dernière chronique du barreau d'Aix-en-Provence, sous la plume du Bâtonnier COHEN : Le bâtonnier Jean Fabre de Cancerilles, une grande figure du Barreau d'Aix-en-Provence qui nous rappelle que sans avocat ..... Il n'y a plus rien de rien de rien !
« Le Président du Tribunal de Première Instance était à l'époque un magistrat autoritaire et exigeant. Ses audiences,
notamment celles de référé, étaient houleuses et tendues, car il prétendait obtenir des avocats une excessive brièveté dans leurs plaidoiries et comme certains avocats lui tenaient tête, les
affrontements étaient devenus inévitables.
Un incident plus grave que les autres finit par se produire.
Perdant tout contrôle, le Président non seulement interrompit brutalement la plaidoirie d'un avocat mais se laissa aller à
tenir des propos désobligeants sur la profession d'avocat, jugée par lui parasitaire, ce après quoi, il avait levé l'audience.
On alla chercher le bâtonnier FABRE
qui, mis au courant des faits, se rendit immédiatement chez le Président pour obtenir des explications et lui demander de s'excuser de son attitude envers les avocats.
Le Président s'y refusa ! Alors fut prise une décision d'une exceptionnelle
gravité comme il en était très peu intervenu dans toute l'histoire du barreau français.
Le bâtonnier FABRE jeta « l'interdit sur la barre », approuvé par le Conseil de l'Ordre et l'ensemble de ses confrères. Cela
signifiait qu'il était interdit à tout avocat de se présenter aux audiences du magistrat visé par cette interdiction.
Le Président tint encore quelques jours et sans doute sous la pression de sa hiérarchie consentit à faire les excuses qu'on
exigeait de lui. Les audiences reprirent alors et se déroulèrent
depuis dans la plus grande sérénité sans qu'il fut désormais porté atteinte aux « droits de la défense »
Hummm ! Heureuse époque où on ne badinait pas avec les droits de la défense !
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